Soin, éthique et santé

La démocratie c’est la contestation, et la contestation n’est plus autorisée dans une modèle tel que celui-là.

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La pandémie suggère l’idée que, comme dans notre imaginaire la peste, nous serions tous soumis à un danger de mort imminent.

Donc en parlant de pandémie, on a en fait sidéré les esprits, on est passé dans un régime d’exception et on s’est mis a accepter des choses parfaitement inacceptables.

Nous avons en fait un horizon qui est de plus en plus sombre avec une crise écologique dont on sait maintenant que c’est une crise sanitaire, crise sociale, crise économique, crise financière. Toutes ces crises s’amoncellent. Les populations ne font plus confiance aux dirigeants et aux experts, a juste titre, parce qu’ils voient bien qu’il y a un problème.

La confiance qu’ils faisaient avant spontanément, elle n’est plus là et donc, le discours dominant devient: Eh bien puisque ces populations sont défiantes, il va falloir absolument limiter la démocratie pour gérer les crises.

Mais vous vous rendez compte, le discours c’est : « les crises il y en aura de plus en plus », donc la démocratie il y en aura de moins en moins. C’est annoncé clairement dans ce discours. Il va falloir renoncer à la démocratie, parce que la démocratie c’est la contestation, et la contestation, et la contestation n’est pas autorisée dans un monde tel que celui-là.

Donc la première chose à faire c’est de ne pas rester seul. Ça il me semble que c’est fondamental, trouver des points d’appuis dans son environment de travail, dans son environnement proche. Des gens qui sont comme moi pas du tout content de la manière que les choses se passent. Essayer de garder un lien avec eux, le plus étroit possible pour essayer de construire, d’imaginer toujours autre chose que les espèces de plans que l’on a pensé pour nous de manière automatisé sans réflexion.

Moi une des choses à laquelle j’encourage notamment à mes collègues à l’université, c’est la réflexivité. On est quand même sensé en tant que chercheur à être des êtres particulièrement réflexifs. C’est à dire que quand ont fait des choses on est censé réfléchir, on a le temps de le faire. Sur les modalités qui sont les nôtres, par exemple, si on me demande de faire un cours sur zoom, la première chose à faire c’est de réfléchi de manière critique à la nature de cette injonction. Et la deuxième c’est de rappeler que j’ai une liberté pédagogique et que je peux peut-être faire autrement.

Voilà cette réflexivité pratiquée collectivement, même si on n’est pas 300, même si on est 15, 20 ou 30, c’est pour moi une planche de salut. C’est comme ça que l’on peut construire partout dés micro résistance politiques.

Re-politiser nos lieux de travail, on a des marges de manœuvre pour le faire. Donc j’appelle tous mes collègues qui ont la chance d’avoir cette liberté de s’en servir pour re-politiser le moment que l’on est en train de traverser.

Barbara Stiegler, « La grande table » 4 janvier 2021, France Culture